1 commentaire
Avatar de User
Avatar de Nathalie Faure

Vu de Québec, d'une expat française depuis 20 ans. Je dirai que c'est une bonne analyse, mais attention au début, quand Nicolas Colin mentionne que tous les canadiens parlent anglais.. vous allez faire sauter du monde au Québec, je vous le dit tout de suite. C'est pas le cas, la résistance linguistique est forte au point que certaines personnes ne parlent pas du tout l'anglais. Le gouvernement en place actuellement a créé des lois qui rend la vie difficile aux minorités linguistiques autres que le français. Je comprends qu'une culture se défende. Je trouve plus intéressant qu'elle rayonne. Vous le mentionnez très bien, on connaît et repère plus facilement les québécois-es qui s'exportent que les canadien-nes anglais-es.

Hors du Québec cependant les communautés francophones sont un peu laissées à elles-mêmes et se sentent abandonnées par la province.

En ce qui concerne les autochtones, j'ai vu la crise Idle no More qui a eu de l'impact ici aussi, pas juste aux USA. J'ai assisté à une rencontre avec des victimes de pensionnats qui ont témoigné courageusement et c'était très émouvant de les entendre. Une salle pleine à Québec, 200 personnes et un silence où on aurait entendu une mouche voler pendant 2h. On était invité à la fin à prendre un coquillage et l'ajouter à un wampun traditionnel. C'est l'esprit de coopération autochtone que j'ai vu à l'oeuvre. Rien de parfait, beaucoup de blessures, c'est plus facile pour moi qui vient d'arriver que pour des québécois de souche qui pourraient ne pas vouloir se sentir indirectement coupables. Cela m'a fait penser à la commission réconciliation en Afrique du Sud présidée par Desmond Tutu. Ubuntu à l'oeuvre. Témoigner pour guérir plutôt que pointer des coupables. ça m'a beaucoup touchée.

J'étais étonnée de voir si peu de personnes de Québec venir au Pow Wow de Wendake. Possible que comme vous le soulignez, quand une culture est très occupée à se défendre, elle a moins de place pour écouter ses voisins qui refusent aussi l'acculturation. Il y a aussi de la comparaison qui joue. Les Wendats à Québec ont dû récupérer leur langue aux USA et recommencent lentement à la pratiquer. Et il existe plusieurs nations et bien des langues d'un bout à l'autre du pays. Voir l'histoire fascinante de la compagnie ondinnok et l'autobiographie des deux fondateurs https://ondinnok.org/a-propos/

L'impact des pensionnats a été majeurs sur les cultures autochtones. On parle d'assimilation culturelle et c'est dur pour les canadiens de se découvrir génocidaires.

La loi sur les Indiens n'est toujours pas abrogée et bien des québécois pensent encore que les autochtones ont des tas de privilèges qu'ils n'ont pas. Le racisme est courant, comme le manque d'information.

Autre point important, même si le PQ monte dans les sondages (et qu'il pointe comme tant d'autres les immigrants racisés comme la source des problèmes, ce qui est loin de plaire à tout le monde), que la CAQ actuellement a abrogé le programme de l'expérience québecoise (PEQ), ce qui ne plaît pas à l'industrie et aux secteurs des services et encore moins aux immigrants qui ont investi et se sont installés ici. Imaginez faire des études universitaires et avoir la citoyenneté automatiquement à l'issue du diplôme, et vous faire dire en cours de route que ça ne marche plus.. Le Québec oublie que les gens peuvent aussi aller chercher leur citoyenneté ailleurs et j'en connais qui sont partis en Ontario. Vont-ils revenir ? Pas sûre.

Ce qui résume le mieux l'équilibrisme constant et la complexité du pays, c'est au delà des deux solitudes (anglophones et francophones), la multiplicité des origines dans un pays qui peine à avoir une identité nationale. A cause de son histoire, de son étendue, des réalités qui sont très différentes pour les gens plus proches de l'Europe et ceux de l'Asie. Outre les ingérences étazuniennes, ce qui a fédéré le pays, c'est essentiellement le sport et l'histoire de Terry Fox, un jeune homme qui a traversé le pays en courant pour amasser de l'argent pour la lutte contre le cancer, alors qu'il avait perdu une jambe à cause de la maladie.

Pour avoir aussi bien des québécois que des canadiens anglais de l'Ontario, Colombie Britannique et autres provinces, je peux vous dire que passer du Québec à l'Ontario c'est vraiment comme changer de pays. Aller en Alberta ou en Colombie Britannique, c'est presque aussi long que d'aller en France quand on prend l'avion et il y a 3h de décalage horaire. Les radios sont en français ou en anglais, Radio Canada et CBC sont deux entités culturellement différentes, la langue porte une culture et la colonisation a laissé des traces multiples dans la façon de penser aussi.

Le Canada est homogène et diversifié, avec une population mélangée et des réalités physiques, économiques, géographique et culturelles très variée, c'est effectivement la culture de la coopération et de la conciliation qui fait de ce pays une nation attachante et en mouvement.