Sédentarité au travail : 8 méthodes passées au crible
Nouveau Départ, Nouveau Travail #70 | Laetitia Vitaud
✍️ Nouveau Départ, Nouveau Travail. Voici un nouvel article de ma série “Nouveau Départ, Nouveau Travail” où je partage, par écrit, des réflexions sur les mutations du travail, inspirées par l’actualité, des expériences vécues ou mes lectures du moment. Je me suis fixé le défi de vous proposer des articles courts et percutants 💡
La sédentarité est devenue l’un des grands angles morts du travail de bureau moderne. Toujours plus d’écrans… et toujours moins de mouvements. C’est une catastrophe pour la santé. Mal de dos, fatigue chronique, maladies cardiovasculaires, diabète, troubles de la concentration. Nos corps ne sont pas faits pour rester assis huit heures par jour. Pourtant, c’est devenu la norme.
C’est un sujet qui me passionne, et que j’ai déjà abordé dans un précédent article l’an dernier, ainsi que dans un podcast autour du livre La chaise tue. Aujourd’hui, j’aimerais passer en revue 8 méthodes concrètes pour lutter contre la sédentarité au travail, avec leurs forces… et leurs limites. Parce qu’il n’existe pas de solution miracle, mais une multitude de leviers à combiner intelligemment.
👉 La sédentarité tue. Le travail n’aide pas.
👉 La chaise tue 🎧
1. Les réunions en marchant
Trop de visios tuent les visios. De plus en plus de personnes se mettent aux réunions en marchant, en audio seulement, particulièrement parmi mes amis non salariés. La possibilité d’utiliser des outils d’IA pour prendre des notes change la donne. Le simple fait de ne pas être obligé de rester devant un écran libère le corps. On peut sortir, respirer, bouger, faire des pas, même réfléchir plus clairement. Marcher en parlant est aussi une excellente façon de se connecter avec un collègue ou un manager lorsqu’on est en présentiel. Beaucoup trouvent ces échanges plus fluides et créatifs.
La limite principale est culturelle. La visioconférence est aujourd’hui la norme dominante. Il existe souvent une attente implicite de se montrer à l’écran. Celui ou celle qui coupe sa caméra peut être perçu comme peu engagé. Sans exemplarité managériale et sans pratiques collectives assumées, les réunions en marchant restent marginales. Pour que cela fonctionne, il faut que ce soit légitimé et banalisé.
2. Les horaires flexibles et la communication asynchrone
Quand on dispose d’autonomie sur son temps de travail, il devient beaucoup plus facile d’intégrer du mouvement dans sa journée. On peut aller à un cours de sport en milieu de journée, marcher longtemps le midi, s’entraîner en fin d’après-midi sans culpabiliser. Cette flexibilité est précieuse, pas seulement pour l’activité physique, mais pour l’équilibre de vie en général.
Le problème est que cette méthode repose presque entièrement sur la motivation individuelle. Elle n’incite pas collectivement à bouger. Il n’y a pas d’émulation, pas de dynamique de groupe. Ceux qui aiment déjà faire du sport en profitent pleinement, mais cela ne change pas grand-chose pour les personnes les plus sédentaires (ça peut même être pire s’ils restent scotchés devant leur écran). L’autonomie est toujours une bonne base, mais rarement suffisante à elle seule.
3. Les rituels collectifs inspirés de certaines cultures asiatiques
Dans certains pays, il est courant de pratiquer des mouvements collectifs avant de commencer la journée de travail : tai-chi, étirements, exercices doux. L’avantage est évident : tout le monde bouge régulièrement, sans avoir besoin d’une motivation personnelle particulière. Comme le sport à l’école, cela crée une habitude.
Mais dans nos cultures individualistes et libérales, ces rituels sont mal perçus. Ils seraient vécus comme une contrainte imposée et une forme de contrôle (dictatorial). Beaucoup associent encore les activités physiques collectives à de mauvais souvenirs scolaires. On reproche aussi à ces pratiques de ne pas être inclusives pour les personnes ayant des limitations physiques ou des préférences différentes. Hélas, nous n’avons donc pas de terreau culturel favorable pour accueillir cette méthode.
4. Les cours de sport proposés sur le lieu de travail
De nombreuses entreprises proposent aujourd’hui des séances de yoga, de fitness ou de renforcement musculaire sur le lieu de travail sur la base du volontariat. C’est pratique, accessible, et cela envoie un signal positif sur l’importance de la santé.
Mais là encore, l’inclusivité pose question. Certaines personnes n’osent pas participer devant leurs collègues. Les moins sportifs, les seniors, les personnes en surpoids ou simplement peu à l’aise avec leur corps peuvent se sentir observées ou jugées. Beaucoup préfèrent séparer clairement leur vie professionnelle et leurs activités sportives. Ces cours bénéficient souvent à une minorité qui aime bien se montrer.
5. Le mobilier actif
Le mobilier actif regroupe plusieurs solutions. Il y a d’abord les tapis de marche ou de course permettant de bouger tout en travaillant sur ordinateur. Certains adorent, d’autres trouvent cela gadget, cher et peu compatible avec les réunions en visio. Et puis marcher a aussi pour intérêt de sortir, de prendre l’air, de décrocher un peu de l’écran.
Les bureaux assis-debout représentent un progrès. Changer régulièrement de position est bénéfique pour le dos et la circulation sanguine. Mais ils ne suffisent pas : on peut rester sédentaire debout et développer d’autres problèmes, comme les jambes lourdes ou les varices.
Les ballons pour s’asseoir, quant à eux, favorisent les micro-mouvements et sollicitent les muscles du tronc. Beaucoup constatent une meilleure posture et moins de douleurs. Là encore, c’est utile.
En bref, le mobilier actif limite un peu les dégâts de la sédentarité mais ne suffisent pas à en sortir.
6. Les communautés sportives et l’émulation collective
Certaines entreprises développent une riche vie sportive interne : courses d’équipe, clubs, partenariats avec des associations, sponsoring d’événements. Quand les activités sont nombreuses et variées, cela crée une dynamique puissante et une culture du sport contagieuse. On se motive entre collègues, on partage des objectifs, on tisse des liens sociaux.
Cette diversité est essentielle pour toucher des profils différents. Mais cela demande du temps, de l’énergie et un engagement sincère de l’organisation. Si c’est mal pensé, cela peut rester l’affaire d’un petit groupe très sportif, sans impact réel sur la majorité des salariés.
7. Le design actif et l’organisation du travail
Le design actif consiste à penser à la fois les espaces et l’organisation du travail pour encourager naturellement le mouvement. Cela peut passer par des bureaux répartis de façon à obliger à se déplacer, des salles de réunion éloignées, des espaces agréables pour marcher, ou encore une plus grande variété de tâches dans la journée.
Changer régulièrement d’activité pousse naturellement à bouger. Cette approche donne aussi un sentiment de liberté corporelle, à l’opposé des environnements très rigides. On retrouve ce principe dans l’urbanisme moderne, qui cherche à favoriser la marche et le vélo. En entreprise, il est encore trop peu développé, alors qu’il peut transformer profondément les habitudes quotidiennes.
La limite principale est qu’il demande une réflexion globale et parfois des investissements.
8. Les chiens au travail (pets at work)
Accueillir des chiens au bureau peut sembler anecdotique, mais les effets bénéfiques sont réels. Les salariés se lèvent plus souvent pour les caresser, lèvent les yeux de l’écran (ce qui limite la fatigue oculaire), font de petites sorties pour les promener. Ces micro-mouvements répétés sont très positifs pour la santé. L’ambiance est souvent plus détendue et conviviale, et les propriétaires d’animaux y trouvent un grand réconfort.
Mais cette pratique se heurte aussi à quelques contraintes. Il y a le manque de place, les allergies, les peurs, et le fait que tous les animaux ne s’entendent pas entre eux. Il est rarement possible d’accueillir tous les chiens en même temps. Pour que cela fonctionne, il faut des règles claires et une réflexion inclusive.
Conclusion
Honnêtement, vu l’état de sédentarité dans lequel nous nous trouvons, tout est bon à prendre ! Aucune méthode ne suffit à elle seule. L’idéal est de combiner plusieurs leviers, en fonction des réalités de chaque organisation et des besoins des personnes qui y travaillent.
Que vous soyez salarié, manager ou dirigeant, l’essentiel est de rester humble, d’expérimenter et d’observer ce qui fonctionne réellement sur la durée. Il faut aussi penser à inclure celles et ceux qui ont des contraintes physiques ou des fragilités, sans jamais forcer.
La lutte contre la sédentarité est à la fois un sujet collectif — de culture d’entreprise, d’exemplarité, d’horaires, d’espaces et d’équipements — et un sujet de développement personnel. Les deux sont indissociables.
🎤 Si vous souhaitez inviter Laetitia à intervenir sur les nouveaux enjeux de santé et bien-être au travail, la démographie et la soutenabilité du travail, contactez-nous par email : conferences [a] cadrenoir.eu
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En tant que sédentaire, je suis sensible aux arguments pour changer. Deux bureaux à deux étages différents m'ont fait bouger davantage et j'ai commencé à me sentir mieux. Marcher contribue à un bon équilibre mental aussi. Aménager son environnement à la maison pour bouger plus. J'ai sorti un gros fauteuil pour mettre une table basse et des coussins au sol et ça change déjà pas mal de choses. Les livres de Katy Bowman sont parfaits pour des gens comme moi peu portés sur le sport. Je conseille : que ton mouvement soit ton médicament ed. Thierry Souccar.