✍️ Nouveau Départ, Nouveau Travail. Voici un nouvel article de ma série “Nouveau Départ, Nouveau Travail” où je partage, par écrit, des réflexions sur les mutations du travail, inspirées par l’actualité, des expériences vécues ou mes lectures du moment. Je me suis fixé le défi de vous proposer des articles courts et percutants. 💡
Depuis une dizaine de jours maintenant, le mouvement des lycéens domine l’actualité, avec ses lycées bloqués, ses poubelles brûlées et ses journées de cours annulées, y compris dans les établissements de mes enfants. Les images de violences policières qui circulent sont insupportables : des adolescents de 14 ou 15 plaqués au sol, étranglés et blessés, un garçon de 14 ans touché à la tête par un tir de lance-grenades, un autre, éborgné par un tir de LBD... Quelles que soient les « violences urbaines » à déplorer, il faut absolument parler des injustices que subissent la génération de mes enfants, terriblement maltraitée…
Des revendications légitimes dont tout le monde se fiche
Les lycéens réclament des moyens pour l’école, la rénovation écologique de bâtiments scolaires vétustes, des services publics qui fonctionnent et une charte des droits du lycéen écrite par eux. Rien de fou. Après les semaines de cours endurées pendant les vagues de chaleur de 2026, on devrait tous être d’accord sur le fait que ça n’est pas possible de continuer sans des investissements importants dans les bâtiments scolaires. On ne peut ni apprendre ni faire cours dans les conditions qui ont été celles du printemps et de l’été de cette année. L’ancienne enseignante que je suis garde un souvenir un peu traumatisant des chaleurs subies dans des établissements mal isolés. Et pourtant je n’ai pas connu de canicule comme cette année.
Le Snes-FSU, principal syndicat du second degré, juge ces revendications légitimes. Comme l’écrit un collectif d’enseignants dans une tribune au Monde, ces jeunes défendent la promesse d’égalité de l’école républicaine, alors que la France a reculé à la 27e place du classement PISA et que le gouvernement a supprimé 4 000 postes d’enseignants à la rentrée, avant d’en supprimer davantage en 2027. Depuis Parcoursup, leur anxiété scolaire n’a jamais été aussi élevée (« Parcoursup a généré un marché de l’angoisse »), comme s’il n’y avait assurément pas de place pour tous dans la société et qu’on cherchait à le leur faire savoir dès l’âge de 15 ans…
On leur répond par des gaz lacrymogènes, des gardes à vue et des soupçons d’« instrumentalisation », comme si ces adolescents étaient stupides, incapables de penser par eux-mêmes et de constater que les conditions dans lesquelles ils étudient sont mauvaises. Comme s’ils ne pouvaient pas voir que le marché du travail les maltraite et que trouver un logement relève du parcours du combattant.
La campagne présidentielle les ignore largement
À six mois de la présidentielle, les sujets qui les concernent sont presque absents de la campagne. Certes, le problème du logement revient chaque septembre comme un marronnier de rentrée, de même que quelques images d’étudiants qui font la queue pour un repas Crous à 1 euro… mais on passe vite à autre chose. On traite tout ça comme un sujet saisonnier.
Que les personnalités politiques et les médias mainstream ne s’intéressent pas aux jeunes n’est guère surprenant. Ils ont souvent plus de 50 ans et s’adressent essentiellement à ceux qui ont plus de 50, voire plus de 60 ans. Ce sont ceux qui votent. Les plus de 60 ans représentent plus d’un tiers du corps électoral et votent bien davantage que les jeunes. Électoralement, médiatiquement et démographiquement, les jeunes ne font pas le poids. Nous vivons dans une gérontocratie qui se cache sous un vernis de jeunisme.
Et encore, ce jeunisme n’est que cosmétique. Car on entend toujours les mêmes refrains sur la génération Z « qui ne veut plus travailler », qui serait « inculte » ou « trop sensible ». (D’ailleurs, on disait plus ou moins la même chose des boomers en 1968, comme quoi…). En 2023, Salomé Saqué démontait déjà ces clichés dans Sois jeune et tais-toi. Dans une publication Instagram ce mois-ci, elle offre une synthèse efficace des raisons pour lesquelles les jeunes sont une « génération sacrifiée ».
Ils vont payer toutes nos dettes
Leurs emplois sont plus précaires et plus incertains qu’autrefois. En France, 21,5 % des 15-24 ans actifs sont au chômage, soit 742 000 jeunes, et les embauches de cadres juniors ont baissé de 19 % en 2024. Avec l’IA générative, on supprime les tâches d’entrée dans les métiers et on efface les premiers barreaux de l’échelle. Les entreprises économisent sur la formation des juniors. On accumule une dette de compétences. Sans parler de la dette publique, de la dette climatique et des retraites d’une population vieillissante…
Le logement est devenu un mur. Pour acquérir le même logement, il faut compter 23 ans de remboursement en 2025, contre une dizaine d’années en 1975. On est encore dans ce double « Big Freeze » que j’avais décrit il y a quelques temps : le marché du travail et le marché du logement sont gelés en même temps, ce qui pèse lourdement sur les jeunes.
Et puis, on ne peut pas ne pas parler du climat. Un enfant né en 2020 subira au cours de sa vie 7 fois plus de vagues de chaleur qu’une personne née en 1960. L’été 2026 a d’ailleurs été le plus chaud jamais enregistré en France. Il laisse entrevoir ce que sera leur avenir… quand l’accès à l’eau sera davantage compromis et que des surfaces importantes de notre territoire seront inhabitables ou inassurables.
Une société d’héritiers
Alors, vous me direz, ce n’est pas si grave puisqu’ils vont hériter de tout ce qu’on aura accumulé. C’est vrai que la « grande transmission » leur profitera aussi. Les parents et grands-parents les aident du mieux qu’ils peuvent, en donnant, en se portant garants, en payant ce qu’ils peuvent… Mais c’est justement là un enjeu supplémentaire de cette génération : on n’a jamais été aussi dépendant du niveau de richesse de sa famille. Leur marge de manoeuvre pour s’enrichir par eux-mêmes n’a jamais été aussi faible. Tant mieux pour les héritiers. Tant pis pour les autres.
Dans les années 1970, environ deux tiers du patrimoine provenaient du travail. Aujourd’hui, l’héritage représente près de 60 % du patrimoine des Français. Et ce patrimoine joue un rôle dans les choix professionnels. Celui dont les parents sont propriétaires à Paris peut accepter un stage mal payé dans la capitale, se faire son réseau et entrer plus facilement sur le marché du travail. Les autres ne peuvent pas se le permettre.
Des enfants juste pour payer les retraites ??
On se souvient toutes du « réarmement démographique » appelé de ses vœux par Macron. Si la formule est si gênante, c’est notamment parce que l’inquiétude concernant la natalité se focalise sur l’« utilité » des jeunes (dont financer les retraites). Comme si les jeunes (et les enfants à naître) n’existaient que pour servir les anciens ! On leur demande de cotiser plus (et le fait est qu’ils vont cotiser beaucoup plus), de travailler plus longtemps dans un monde abîmé et incertain, de courber l’échine et de se la boucler. Et ils n’ont aucune espèce de garantie sur ce qui les attendra quand ils seront vieux à leur tour.
J’ai mal pour mes enfants et pour tous ceux de leur âge. Cette génération est maltraitée. Il faudrait déjà commencer par les écouter. Et tout faire pour rendre leur vie meilleure dès maintenant.





Je suis tellement d'accord ! C'est grave ce qu'il se passe en ce moment, du côté de la forte répression menée par la police et de l'indifférence de notre gouvernement. On risque de le payer cher en mars lors des présidentielles.